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Des mobilisations urgentes et nécessaires

Fernand Daoust
Le Devoir (opinions)
jeudi 12 novembre 2009

Un des plus grands défis que nous devons à nouveau relever aujourd’hui est celui de la défense du statut de notre langue nationale. L’évolution récente de la démographie du Québec, le poids grandissant de l’immigration dans cette évolution et l’absence d’une volonté politique nette et courageuse de la part de nos gouvernements mettent le français en péril, à moyen terme, au Québec.

Nous avons toujours su que ce statut ne serait jamais établi dans la pérennité tant qu’il n’aurait pas pour assise un pays pleinement souverain. En attendant, notre situation géographique et notre position minoritaire dans la mer anglophone qu’est l’Amérique, au nord du Mexique, nous condamnent à la vigilance permanente et à la plus grande des fermetés. Donc, rien de nouveau sous le soleil.

Données alarmantes

Mais les données récentes concernant la langue d’usage chez nous sont plus qu’alarmantes, particulièrement à Montréal. Elles font état d’une situation qui, à terme, risque de devenir irréversible. Il suffit de lire les textes percutants et bien documentés de Charles Castonguay pour s’en convaincre.

Ces données commandent dans l’urgence des mobilisations larges pour forcer nos gouvernements à prendre des mesures structurantes, qui s’attaquent au coeur du problème. L’alarme est sonnée !

Je souhaite formuler quelques propositions qui me paraissent minimales, si nous avons à coeur de renverser la situation ; ce sont, selon moi, les revendications que nous devons formuler et défendre avec énergie.

– La Charte de la langue française, comme garante de notre identité culturelle, doit devenir un texte fondamental ; son application ne doit plus relever de la responsabilité d’un ministre, mais de l’Assemblée nationale. Les responsables des organismes encadrant l’application de la Charte devraient être nommés par l’ensemble des députés.

– On doit, de toute urgence, financer substantiellement les organismes et mécanismes de surveillance de l’application de la Charte et leur donner des moyens d’intervention significatifs.

– Le français en tant que langue de travail doit aussi être réaffirmé comme droit de tous les travailleurs et travailleuses du Québec ; des comités de francisation doivent être créés non seulement dans les entreprises comptant plus de 100 salariés, mais aussi dans celles qui en embauchent plus de 50.

– Les entreprises de 10 à 49 salariés doivent être tenues de se doter d’un programme de francisation.

– Une campagne de publicité intensive et soutenue doit être menée auprès des groupes cibles que sont les jeunes (dans le milieu scolaire, entre autres), le monde du travail et les associations culturelles, au sujet des objectifs de la Charte de la langue française et de ses principales dispositions. Ces comités de francisation doivent être soutenus financièrement et techniquement de façon significative.

– Un appui financier substantiel doit être accordé aux divers groupes qui militent pour la cause du français au Québec, notamment l’Association pour le soutien et l’utilisation de la langue française (ASULF), le Mouvement impératif français, le Mouvement Montréal français.

– L’enseignement de notre histoire nationale doit être privilégié.

– Les politiques d’immigration doivent favoriser nettement la venue d’une majorité de personnes maîtrisant déjà le français ; les mesures d’intégration et d’apprentissage de la langue nationale doivent être considérablement renforcées.

– Il va de soi que j’entérine également les grandes revendications concernant la langue d’enseignement, dont celles qui visent à faire du français la langue d’enseignement au niveau collégial, pour les nouveaux arrivants.

La menace est plus grande que jamais

Je ferai miennes les paroles de Guy Rocher, qui mettait en garde ceux qui croient que « la loi 101 a fait son tout travail et deviendra bientôt inutile. La conscience du danger, disait-il, diminue au moment où la menace est plus grande que jamais » (L’Action nationale, juin 2002).

Depuis quelques années, il me semble que les forces vives du Québec ont un peu perdu de leur flamme. La loi 101 a été grugée quant à ses applications en milieux judiciaire et scolaire et dans ses dispositions concernant la langue d’affichage. La Cour suprême du Canada vient tout juste d’asséner une nouvelle gifle à l’Assemblée nationale du Québec.

La majorité des Québécois sont agacés, frustrés et humiliés. Mais nous vivons notre mal chacun de notre côté, chacun pour soi. Il me semble qu’un certain engourdissement nous transforme peu à peu en spectateurs de notre régression. Plutôt que d’entendre monter la colère ou la révolte, nous voyons notre propre léthargie se muter en fatalisme.

Je ne peux accepter cet état de capitulation silencieuse. Je souhaite que soient alertées toutes les forces vives du Québec et que nous nous attelions à cette tâche collective essentielle. Nous devons nous lever et parler haut et fort pour réaffirmer nos droits. Dans chacun de nos milieux, il faut sonner le rappel des troupes, remobiliser, réanimer des coalitions larges, développer à nouveau ces rapports de force qui ont engendré le changement au Québec.

Je sais, quant à moi, parce que tout son passé en témoigne, que le mouvement syndical, et la FTQ au premier chef, ne se dérobera pas. Il sera comme toujours au front.

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– Le texte intégral de cette allocution sera publié dans le numéro de décembre de L’Action nationale.