Christine St-Pierre veut une politique linguistique «exemplaire»

Avez-vous lu ça?

Ledevoir.com
Robert Dutrisac
24 avril 2010

La RAMQ et la CSST sont dans la mire de la ministre

La ministre responsable de la Charte de la langue française, Christine St-Pierre, entend doter l’administration publique d’une politique linguistique «costaude», un projet qu’elle présentera cet automne au Conseil des ministres. Mais la ministre n’a pas attendu pour «passer des commandes à ses collègues» pour faire en sorte que tant la lettre que l’esprit de la Charte soient respectés.

L’intervention de l’Office québécois de la langue française (OQLF) a déjà permis de corriger certaines aberrations, notamment à la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) et à la Commission de la santé et de la sécurité au travail (CSST).

«Il faut que l’État soit exemplaire», a souligné Christine St-Pierre dans une entrevue accordée au Devoir cette semaine, reprenant l’objectif qu’elle s’était fixé il y a deux ans. «La nouvelle politique va nous mettre à l’an 2010.» Elle remplacera la politique actuelle qui date de 1996. «La politique, il faut quand même qu’elle soit costaude.»

Encore faut-il que l’administration publique se conforme à la politique linguistique actuelle et respecte la Charte. Depuis un an, l’OQLF a demandé à plusieurs ministères de modifier leur service de réponses téléphoniques, ce qu’il est convenu d’appeler le «press 9». Christine St-Pierre a aussi demandé «qu’on analyse à la RAMQ comment ça se passe avec les nouveaux arrivants».

Mémos et directives

À la fin mars, la direction de la RAMQ a réuni les employés du bureau de Montréal afin de leur faire part des nouvelles directives concernant les pratiques linguistiques, a par ailleurs appris Le Devoir. Plus question d’utiliser l’anglais avec la «clientèle» à moins que le client ne demande expressément qu’on s’adresse à lui en anglais. La RAMQ s’est fait rappeler à l’ordre et elle est dans le collimateur de l’OQLF.

Mercredi dernier, le président du conseil d’administration et chef de la direction de la CSST, Luc Meunier, a envoyé un mémo aux employés de l’organisme. Il a rappelé que la CSST doit se conformer aux règles de l’OQLF. La Charte de la langue française stipule que l’État doit communiquer avec les entreprises en français seulement, un article de la loi que la CSST enfreignait. Dès lundi, le service téléphonique de la CSST destiné aux employeurs sera uniquement en français. «Pour nous conformer aux exigences de l’OQLF, je m’attends à ce que tout le personnel de la CSST utilise le français dans ses conversations avec les employeurs, fournisseurs et les partenaires», écrit Luc Meunier dans ce mémo dont Le Devoir a obtenu copie.

«Il faut qu’ils sentent qu’il y a quelqu’un qui les surveille», a fait valoir, pour sa part, Christine St-Pierre.

Des progrès

La situation s’améliore tant à la RAMQ qu’à la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ), deux portes d’entrée de l’État pour les nouveaux arrivants, a soutenu la ministre. Ainsi, selon les données fournies par la RAMQ pour 2009, l’organisme communique en anglais avec 32 % des nouveaux arrivants, alors qu’il y a cinq ans, ce pourcentage était de 40 %. C’est davantage que les 18 % d’immigrants, arrivés en 2009, qui ne parlaient qu’anglais. À la SAAQ, on communique en anglais avec 28 % des nouveaux arrivants. «Il faut que ça s’améliore davantage, sans brimer les droits des anglophones», estime Christine St-Pierre.

À la RAMQ, le tiers des nouveaux arrivants obtient donc un «code de langue anglaise», ce qui leur permet de recevoir de l’État québécois des services en anglais leur vie durant alors qu’en principe, on s’attend à ce qu’ils se francisent. Christine St-Pierre voudrait bien que cela change: elle a demandé à ses fonctionnaires de concevoir un mécanisme pour que les nouveaux arrivants desservis d’emblée en anglais par l’État puissent l’être en français après une certaine période. «À un moment donné, la deuxième carte d’assurance maladie… Comment est-ce qu’on fait en sorte qu’on leur dise: bien là, vous avez eu votre chance? a dit la ministre. Je pensais que c’était bien simple: un mécanisme genre carte de crédit […]. Automatiquement, ta carte de crédit n’est plus bonne.»

Mais voilà, enlever le privilège à un immigrant de se faire servir par l’État n’est pas si simple, s’est-elle rendu compte. «Je leur ai demandé de le trouver [le mécanisme], ils ne l’ont pas encore trouvé. Ils cherchent encore.»

Pour la ministre, il n’est pas question de toucher à la loi 101, mais simplement d’adapter la politique linguistique de l’administration publique, qui découle de la Charte, aux nouvelles réalités technologiques. «En 1996, les nouvelles technologies n’étaient pas ce qu’elles sont maintenant. La technologie, ça va à une vitesse folle», a fait observer la ministre. Pour préparer cette politique, le sous-ministre associé responsable de l’application de la politique linguistique, Jacques Gosselin, a passé en revue 36 ministères et organismes publics. Il a fait ses recommandations à la ministre, qui les garde pour le Conseil des ministres.

Lien: http://www.ledevoir.com/politique/quebec/287695/christine-st-pierre-veut-une-politique-linguistique-exemplaire?utm_source=infolettre-2010-04-24&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne