La francisation des entreprises

Témoignage
Patrice Richard // UNIFOR 698

«Je pratique le métier de machiniste chez PCC Aérostructures depuis 20 ans. Y sont aussi pratiqués des métiers tels qu’inspecteurs, ébavureurs, électromécaniciens et assembleurs.»

TF: Qu’est-ce que PCC Aérostructures et quel est votre métier dans cette entreprise?
PR: PCC est une compagnie multinationale qui a fait l’acquisition de la division aérostructures de Héroux-Devtek, en 2012. L’entreprise, située à Dorval, compte un total de 125 employés, dont environ 79 personnes syndiquées. Elle compte parmi ses clients des constructeurs aéronautiques comme Bombardier, Bell Helicopter et Boeing. Je pratique le métier de machiniste chez PCC Aérostructures depuis 20 ans. Y sont aussi pratiqués des métiers tels qu’inspecteurs, ébavureurs, électromécaniciens et assembleurs.

TF: Quel a été l’élément déclencheur de votre implication dans le comité de francisation de l’entreprise?
PR: La direction de l’entreprise a approché notre syndicat pour former un comité de francisation en 2008. Mon président syndical a alors sondé mon intérêt à y participer. Comme je suis quelqu’un d’intéressé par la protection de la langue française et que je constatais que la terminologie anglaise était omniprésente dans le milieu de l’aéronautique, j’ai décidé de m’impliquer au sein du comité. J’y participe donc depuis le tout début.

TF: Pourquoi la francisation est-elle une responsabilité syndicale selon vous?
PR: Le syndicat est en mesure de nous donner de la formation et nous aide à nous organiser. Il nous offre aussi des occasions d’échange avec d’autres travailleurs, dont des membres de comités de francisation provenant d’autres entreprises. Cela est essentiel pour constater ce qui se fait ailleurs. Puisque travailler en français est un droit au Québec, je considère que c’est un mandat syndical d’appuyer les comités de francisation.

TF: Où en êtes-vous chez PCC Aérostructures en matière de généralisation du français comme langue d’usage?
PR: À nos débuts en 2008, plusieurs défis nous attendaient, notamment en lien avec les procédures de travail écrites qui étaient majoritairement rédigées en anglais. Aujourd’hui nous estimons avoir beaucoup accompli, même si le travail est loin d’être terminé puisque l’entreprise n’a pas encore obtenu son certificat de francisation.

TF: Quels sont les embûches et les succès que vous avez rencontrés au cours des dernières années?
PR: Il y en a eu plusieurs. Par exemple, en 2008, les avertissements de santé et de sécurité sur les machines étaient exclusivement en anglais. Le comité de francisation a donc fait produire de nouvelles affiches en français. Malheureusement, elles étaient plus petites que les originales et n’étaient pas toujours lisibles. Nous en sommes donc à les refaire quelques années plus tard. Il va sans dire que de tels délais sont déplorables lorsqu’il s’agit de la sécurité des travailleurs et travailleuses.

TF: Quelles leçons tirez-vous de votre expérience au comité de francisation?
PR: Je crois que pour œuvrer au sein d’un comité de francisation il faut d’abord être soi-même convaincu. Malheureusement, on oublie trop souvent qu’au Québec, le français est la langue officielle! Aussi, il est indispensable d’avoir des alliés comme les tables sectorielles et les conseillers de l’Office pour faire bouger les choses. Heureusement, la persévérance mène au succès.

Source: Bulletin Travailler en français, volume 40, printemps 2017, page 5