La nécessaire mobilisation des forces syndicales

Les nouveaux défis du français au travail

La francisation des milieux de travail est une revendication qui remonte aux origines de la FTQ. Elle s’est d’abord exprimée en exigeant le droit de vivre et de négocier en français. On se souviendra de certaines luttes historiques menées par les travailleurs et travailleuses syndiqués, en particulier dans le secteur de l’automobile. Il est intéressant de rappeler les grands éléments de la politique linguistique de la FTQ à ceux et celles qui l’ont oubliée et aux jeunes qui n’en ont pas le souvenir. Ils préfiguraient le contenu de la loi 101 qui allait être votée par l’Assemblée nationale en 1977. Déjà en 1966, la FTQ revendiquait une politique linguistique comprenant, entre autres, les éléments suivants :

> l’adoption, par voie législative, du principe que le français est la langue normale du travail et des communications à l’intérieur du Québec, et que le français doit être la langue officielle du travail à tous les paliers de l’activité économique au Québec;

> la modification du Code du travail de façon à permettre au syndicat accrédité de choisir la langue de négociation, de rédaction et d’administration;

> l’élaboration par le gouvernement d’une politique d’accueil afin que les personnes s’établissant au Québec acquièrent, dès leur arrivée, la connaissance du français, et l’obligation pour tout enfant néo-québécois de s’inscrire à l’école publique francophone;

> le maintien de l’école publique anglophone;

> l’obligation, pour l’école publique anglophone, de dispenses une connaissance suffisante du français pour son usage courant et pratique;

> l’enseignement de l’anglais comme langue seconde à l’école publique francophone;

> l’élaboration et l’application d’une politique réaliste et prudente : la francisation du Québec ne doit pas avoir pour but ni pour effet d’isoler le Québec du continent nord-américain anglophone.

Vingt-trois ans après l’adoption de la loi 101, les objectifs de francisation mis de l’avant n’ont pas tous été atteints, notamment dans le domaine du travail. Par exemple, l’exigence de la connaissance de l’anglais pour trouver un emploi est très forte dans la région métropolitaine de Montréal. Et, dans plusieurs entreprises, la règle est bien souvent l’usage des deux langues plutôt que l’usage généralisé du français. Il est vrai que l’environnement du travail est en constante mouvance en raison des nouvelles contraintes découlant de la mondialisation, de l’informatisation, des technologies de l’information et de la nouvelle économie. Dans ce contexte, doit-on se laisser embrigader dans la tendance vers une seule langue, l’anglais, plutôt que de faire valoir le français, notre langue nationale? Le français a sa place : il nous appartient de le défendre. L’intervention des travailleurs et travailleuses syndiqués est nécessaire pour faire vivre le français dans la nouvelle économie et pour poursuivre notre projet de société.

Nous devons réinscrire au cœur de notre action syndicale la francisation des milieux de travail. Il nous faut remettre à l’ordre du jour de nos assemblées et de notre action syndicale la question linguistique. C’est aujourd’hui et pour longtemps qu’il faut se réapproprier l’objectif syndical de francisation des entreprises.