La SSJBM craint l’anglicisation de l’Institut de réadaptation de Montréal

Rue Frontenac
Écrit par Valérie Dufour
Lundi, 14 juin 2010

Craignant l’anglicisation d’un «joyau» du réseau de la santé montréalais, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal demande à l’Office québécois de la langue française (OQLF) de refuser d’accorder un statut d’établissement bilingue à l’Institut de réadaptation Gingras-Lindsay-de-Montréal (IRGLM).

«L’Institut de réadaptation de Montréal est le seul institut francophone d’envergure internationale et il est affilié à l’Université de Montréal. Il y a déjà beaucoup trop d’hôpitaux anglophones à Montréal par rapport à la proportion des anglophones dans la population, il ne faut pas angliciser un établissement de plus», indique le président de la SSJBM, Mario Beaulieu.

L’Institut de réadaptation de Montréal a fusionné ses activités avec celles de l’Hôpital de réadaptation Lindsay en 2008. Les deux établissements voisins du quartier Côte-des-Neiges offrent des services aux personnes atteintes de déficience physique sévère, mais le pavillon Lindsay avait le statut d’établissement reconnu en vertu de l’article 29.1 de la loi 101.

Cette reconnaissance est accordée pour les établissements du secteur de la santé et des services sociaux dont plus de la moitié de la clientèle parle une autre langue que le français et elle faisait donc en sorte que le milieu de travail était bilingue comme c’est le cas, par exemple, à l’Hôpital général juif de Montréal.

Nouvelle demande

À la suite de la fusion, cette entité a perdu ce statut particulier et son conseil d’administration a demandé à l’OQLF de le lui accorder à nouveau. «Cela permet à l’organisation d’utiliser une autre langue en plus que le français dans ses communications internes avec le personnel et pour l’affichage», précise le porte-parole de l’organisme, Martin Bergeron.

Il ajoute que les établissements de santé qui sont reconnus en vertu de la loi n’ont pas le droit d’utiliser uniquement l’anglais et qu’ils ont toujours le devoir de servir la population francophone dans leur langue. Pour statuer sur le cas de l’Institut de réadaptation Gingras-Lindsay-de-Montréal, l’OQLF a demandé à l’institution d’effectuer une étude sur la clientèle – un sondage qu’elle supervise– qui a pour but de déterminer si plus de 50 % des patients sont anglophones.

Mario Beaulieu affirme que la majeure partie des patients de l’Institut sont des francophones, tout comme le personnel. Il ne voit donc pas pourquoi on permettrait à la direction de communiquer dans les deux langues avec son personnel. «On nous présente l’obtention de ce statut comme une nécessité pour assurer le maintien des services à la clientèle anglophone, mais l’Institut de réadaptation donnait déjà des services aux anglophones depuis des années.»

Tolérance

«Pour l’instant, tant que le statut est incertain, nous tolérons les pratiques qui avaient cours à l’Hôpital de réadaptation Lindsay, qui était un établissement bilingue», indique Martin Bergeron.

Il rappelle cependant que, peu importe le statut, la loi prévoit que tous les citoyens ont le droit de recevoir des services en français et que les employés francophones doivent pouvoir travailler en français.

«Le statut du nouvel établissement reste à clarifier. Mais dire qu’on demande la reconnaissance pour devenir un établissement anglophone est abusif, soutient le porte-parole de l’Institut, Pascal Mailhot. L’interprétation de la Société Saint-Jean-Baptiste est en porte-à-faux avec la réalité. Ici, la langue de travail est le français et c’est la même chose du côté du pavillon Lindsay. Mais il y a quand même des clients anglophones, et on doit leur donner des services dans leur langue.»

Un technicien en réadaptation contacté par Rue Frontenac et qui a demandé à ne pas être nommé met cependant en doute ces paroles. «Le conseil d’administration fait tout en cachette. Il y a eu des mémos bilingues envoyés au personnel. Il y a des postes de cadres qui ont été affichés en anglais et en français, des postes où on demande d’être fonctionnel en anglais. Ils veulent nous angliciser», nous a raconté cette personne, qui travaille dans l’établissement depuis plus de 20 ans.

La direction de l’Institut nie catégoriquement cette affirmation. «Peu importe le statut que l’Office va nous donner, le français va demeurer la langue normale de travail. Cela va de soi. Le but visé n’est pas d’angliciser le milieu de travail, insiste Pascal Mailhot. Jusqu’à ce qu’une décision soit rendue, l’Office nous permet de faire nos communications internes dans les deux langues au pavillon Lindsay et c’est ce que nous faisons. On a échappé un mémo une fois qui s’est retrouvé affiché aussi au Pavillon Gingras, mais c’était un erreur et c’était un cas isolé. Les communications internes au Pavillon Gingras se font uniquement en français. »

L’Institut de réadaptation Gingras-Lindsay-de-Montréal compte 755 employés, dont 41 médecins, et gère un budget annuel de 35 millions de dollars. Chaque année, ce centre de 237 lits héberge 1 500 personnes, en plus de desservir près de 13 000 patients en clinique externe, et 16 000 autres visitent l’établissement pour recevoir de l’aide technique (chaise roulante, prothèse, orthèse).