Le casse-tête du bilinguisme

cyberpresse.ca
Gilbert Lavoie
Le Soleil

(Québec) Le chef de l’ADQ, Gérard Deltell, a mis son grain de sel dans le débat linguistique, en fin de semaine, proposant que tous les petits Québécois prennent la moitié de leurs cours dans l’autre langue à compter de la sixième année.

Il n’est ni le premier ni le dernier à faire des suggestions de cette nature, suggestions dont le réalisme laisse parfois à désirer. Imaginez un peu le chambardement dans les effectifs professoraux pour satisfaire une telle exigence. Et imaginez les difficultés qu’une telle mesure créerait pour la clientèle scolaire moins douée qui peine déjà à suivre des cours dans sa langue maternelle.

À l’été de 2008, les jeunes libéraux du Québec avaient adopté une résolution similaire, demandant que tous les étudiants aient une demi-année d’immersion en sixième année. Ils étaient venus à un cheveu d’adopter un amendement réclamant que cette mesure s’applique à toutes les années du primaire. Jean Charest avait poliment désavoué leurs propositions.

Pauline Marois a également mis son grain de sel en suggérant que des matières comme l’histoire ou la géographie soient enseignées en anglais vers la fin du primaire. Elle avait été rabrouée moins poliment par l’aile radicale de son parti.

Tous ces propos bien intentionnés sont le reflet du désir des parents québécois de voir leurs enfants devenir bilingues. Mme Marois, qui éprouve elle-même beaucoup de difficultés à communiquer efficacement en anglais, est bien placée pour comprendre cette préoccupation.

Le problème du bilinguisme, c’est qu’il peut devenir le premier pas vers l’assimilation. Le PQ a toujours tenté de contourner cette impasse en inscrivant, dans ses politiques officielles, le désir de voir les petits Québécois faire l’apprentissage non pas seulement d’une deuxième langue, mais d’une troisième comme l’espagnol. Néanmoins, il reste que le bilinguisme, surtout à Montréal, demeure un pas vers l’assimilation.

Le plus récent débat linguistique à l’Assemblée nationale, portant sur les écoles passerelles, a illustré une fois de plus nos contradictions en ce domaine. Le Québec cherche à se protéger contre le contournement de ses lois linguistiques. C’est normal. Mais il est surprenant de voir que la principale critique formulée à l’endroit de la loi 103 consiste à dire qu’elle permettra aux riches d’acheter l’accès à l’école anglaise pour leurs enfants. Les biens nantis achètent déjà le bilinguisme de leurs enfants en les envoyant dans des camps anglophones pendant l’été.

La vraie question que l’on doit se poser est de déterminer si les mesures suggérées mettront un frein suffisant au phénomène des écoles passerelles. Il y aura toujours des gens qui chercheront à contourner le système. L’important est que leur nombre demeure marginal.

D’ailleurs, si on veut parler de véritable menace, c’est dans les cégeps que le débat devrait se faire. On l’a vu l’automne dernier au colloque du PQ, la moitié des allophones et 4 % des francophones passent au réseau anglais une fois arrivés au collégial, ce qui fait grossir les effectifs des collèges anglophones de 13 000 étudiants par année. Les jeunes péquistes, appuyés par Pierre Curzi, ont réclamé que la loi 101 soit imposée au collégial. Pauline Marois et les ténors du parti ne les ont pas appuyés.

Il n’est pas dit que le PQ ne reviendra pas à cette proposition. Mais l’incident montre à quel point nos ambitions de bilinguisme se heurtent à la réalité linguistique du Québec et nous placent dans des situations contradictoires. En matière de langue, il est beaucoup plus facile de critiquer que de proposer. C’est ce que fait le PQ actuellement.