Le français, outil d’intégration

Daniel Boyer, président de la FTQ

Photo: Normand Blouin

Chers militants et militantes de la francisation,

La Charte de la langue française, mieux connue sous l’appellation «loi 101», aura 40 ans en 2017. Les anniversaires sont des occasions de bilan. Un des grands succès de la Charte est sans aucun doute sur le plan de l’intégration des personnes immigrantes, en rendant obligatoire la scolarisation en français des nouveaux arrivants. La tendance démographique favorisant l’anglicisation des personnes immigrantes a été renversée depuis les années 1980. En matière de langue du travail, la loi 101 a aussi fait des gains majeurs: fini le temps des conventions collectives rédigées en anglais et les directions unilingues anglophones se font plus rares.

Nous devons célébrer cette réussite collective en gardant à l’esprit qu’il n’y a pas matière à s’asseoir sur ces acquis, qui seront toujours menacés par des tendances régionales et mondiales. À titre d’exemple, dans un récent communiqué, le groupe automobile Volkswagen annonce que l’anglais va remplacer l’allemand et devenir à compter de 2021 la langue de travail obligatoire des cadres supérieurs au sein de l’empire automobile aux douze marques. Quelles en seront les conséquences pour les travailleurs et les travailleuses?

Plusieurs personnes immigrantes n’ont toujours pas accès à des services de francisation adaptés à leur réalité qui leur permettent de travailler en français. Malgré que la loi 101 soit très claire sur la responsabilité des entreprises pour la généralisation du français comme langue de travail, la plupart des employeurs jugent que la francisation de leurs employés n’est pas de leur ressort. Cela explique en partie pourquoi l’intégration réelle des personnes immigrantes reste déficiente. On sait par ailleurs que l’absence d’accès à des services de francisation adaptés entraîne des conséquences à long terme sur les comportements linguistiques puisque la langue du travail est un facteur important dans l’adoption d’une langue d’usage par une personne immigrante. Évidemment, quand on arrive dans un nouveau pays, le premier objectif c’est de trouver un emploi, d’être capable de subvenir aux besoins de sa famille. Il y a donc lieu de s’inquiéter du fait que seulement 40% des immigrants anglophones ou allophones jugent bon d’apprendre le français formellement en arrivant au Québec et de rappeler l’importance du milieu de travail dans l’acquisition de la langue française.

Je vous invite à lire dans les pages suivantes les témoignages de militants et de militantes et les diverses actions qu’ils mettent en œuvre pour dynamiser l’utilisation du français dans leurs entreprises. À travers les initiatives qui nous sont présentées, une tendance se dégage : les choses avancent dans les milieux où des travailleurs et travailleuses s’impliquent. Les enseignements que tirent les militants et les militantes de leurs actions dans le dossier de la francisation se rejoignent toujours : ne jamais baisser les bras, c’est un travail de longue haleine!

C’est dans cet esprit que la FTQ poursuit son travail de soutien auprès des syndicats affiliés et d’intervention auprès du gouvernement du Québec et d’autres partenaires de la société civile, pour garder la protection de la langue française à l’ordre du jour. Comme l’indiquait le livre blanc de la Charte de la langue française en 1977, c’est dans l’univers complexe du monde du travail que «se joue quotidiennement le destin de la langue française au Québec».

Daniel Boyer, président de la FTQ

Source : Bulletin Travailler en français, volume 39, hiver 2017, page 2