L’OQLF, maître d’œuvre de la Charte de la langue française

Collaboration spéciale
Par Virginie Auger, conseillère en communication, Office de la langue française

Le début des années 60 a marqué un tournant significatif dans l’histoire du Québec. À cette époque, la province a connu des changements fondamentaux qui l’ont transformée sur les plans économique, politique et culturel. Au cours de cette période, bien connue sous le nom de Révolution tranquille, la société québécoise a notamment entamé la modernisation de l’État. C’est aussi à l’aube de cette décennie que les racines de la politique linguistique québécoise ont commencé à germer, notamment avec la création de l’Office de la langue française, en mars 1961.

Tout d’abord institué pour veiller à l’amélioration, à la correction et à l’enrichissement de la langue française, l’Office a hérité d’un mandat plus large lorsque les projets de loi 63 et 22 ont été respectivement adoptés en 1969 et 1974. Le projet de loi 63, à l’origine de la Loi pour promouvoir la langue française au Québec, visait alors à assurer au français une plus grande place dans les milieux de travail et à accroître sa visibilité dans l’affichage. En vertu de cette loi, l’enseignement du français est devenu obligatoire dans les écoles. Quant au projet de loi 22, qui est devenu la Loi sur la langue officielle, il prévoyait notamment des dispositions particulières pour veiller à la francisation des entreprises. En effet, on constatait de nombreuses lacunes dans les milieux de travail en ce qui a trait à la connaissance du français au sein des directions et du personnel, à la langue du travail, aux communications avec la clientèle et les fournisseurs, à la terminologie, à l’affichage public et à la publicité commerciale, ainsi qu’aux politiques d’embauche, de promotion et de mutation. En conséquence, les francophones étaient souvent défavorisés en matière d’emploi.

C’est toutefois l’adoption de la Charte de la langue française, le 26 août 1977, qui a marqué une étape décisive dans l’histoire de la société québécoise. Le Québec venait ainsi de se doter d’une législation ambitieuse en matière de langue.

Ainsi, la Charte a fait du français la langue de l’État et de la loi aussi bien que la langue normale et habituelle du travail, de l’enseignement, des communications, du commerce et des affaires. Autrement dit, la Charte a voulu faire du français la langue commune de tous les Québécois et Québécoises dans l’espace public. Au-delà de cette mission, elle a également permis au français de devenir un outil de cohésion sociale, de fierté et d’identité culturelle. Au cours des 40 dernières années, les décisions et les actions découlant de cette politique linguistique ont contribué à transformer tout un pan du paysage sociolinguistique québécois.

Aujourd’hui, l’Office québécois de la langue française œuvre toujours à la promotion et à la protection du français, autant au travail que dans l’espace public. Pour maximiser la portée de ses efforts, il travaille en étroite collaboration avec les entreprises ainsi qu’avec les travailleurs et travailleuses. Les comités de francisation paritaires, que l’on trouve dans les entreprises de 100 employés ou plus, illustrent d’ailleurs très bien ce partage des responsabilités entre les employeurs, les travailleurs et les syndicats lorsque vient le temps de franciser un milieu de travail.

Au fil des ans, la mise en place de tables sectorielles par la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) a aussi facilité la francisation de plusieurs domaines ciblés, notamment ceux de l’automobile, de l’aéronautique et des télécommunications.

Tous ces efforts des milieux du travail, combinés à ceux de l’Office, ont porté leurs fruits. À preuve, à la fin de l’année administrative 2015-2016, près de 84% des entreprises de 50 employés ou plus inscrites à l’Office avaient obtenu leur certificat de francisation. Maintenant qu’une grande majorité des entreprises sont certifiées, l’Office poursuit son rôle d’accompagnement auprès d’elles en les aidant à relever les défis propres au contexte linguistique actuel. La francisation des technologies de l’information et des communications (TIC) s’inscrit parmi ses grandes priorités. Jusqu’en 2016, grâce au Programme de soutien à la francisation des petites et moyennes entreprises par les TIC, l’Office a d’ailleurs permis à de nombreuses entreprises de 99 employés ou moins de franciser leurs logiciels ou leur matériel informatique.

En cette année du 40e anniversaire de la Charte, l’Office compte réaffirmer son rôle clé dans la mise en œuvre de la politique linguistique québécoise. Par ses activités et ses interventions, il continuera de veiller à ce que le français soit présent dans toutes les dimensions de la vie sociale et économique. En tant que partenaire de la Stratégie partenariale de promotion et de valorisation de la langue française 2016-2021, il aura d’ailleurs une occasion supplémentaire de contribuer au plein épanouissement du français au Québec.

Source : Bulletin Travailler en français, volume 40, printemps 2017, page 3