NOS SYNDICATS NÉGOCIENT DES CLAUSES -Apprendre le français durant les heures de travail

Les nouveaux défis du français au travail

<i>Photos Serge Jongué

Photos Serge Jongué

Depuis toujours, les syndicats de la FTQ font des efforts louables pour aider leurs membres issus de l’immigration à s’intégrer à leur société d’adoption. L’Union des employés et employées de service (UES-800) ainsi que le Syndicat national de l’automobile, de l’aérospatiale et du transport (TCA) ont réussi à franchir une autre étape : des cours de français durant les heures de travail avec l’aide financière du ministère des Relations avec les citoyens et de l’Immigration (MRCI).

UES-800
Pour remplacer les samedis à l’école

« Depuis longtemps, au 800, nous donnions des cours de français et d’alphabétisation le samedi aux personnes immigrantes surtout, raconte la responsable de la formation, Louise Mercier. Mais concilier travail et famille et prendre les samedis pour l’école, ça devenait un peu gros. Surtout qu’il s’agit en grande partie de femmes.

« Alors nous avons convaincu les employeurs du secteur de l’entretien ménager, où nous avons le plus grand nombres de membres immigrants, de nous permettre d’offrir des cours de français durant les heures de travail. »

Une première session a été donnée cet automne, le mercredi durant huit semaines, avec des professeurs du MRCI : une classe pour débutants et une autre pour les plus avancés. Vingt personnes en tout. « Nous organisons les cours dans nos locaux. La libération est facturée au syndicat et nous remboursons les heures de travail manquées », précise la consoeur Mercier.

Difficultés de tous les jours
Après avoir fait connaissance, les participants et participantes expriment leurs besoins. Il y a un programme à couvrir mais le professeur s’ajuste aux souhaits exprimés. Chez les débutants, on veut apprendre à conjuguer les verbes ou à prononcer les v et les b. Il faut aussi savoir écrire une note ou remplir un rapport au travail. Et, bien sûr, lire le journal. Mariela exprime sa frustration de ne pas se faire comprendre et de ne pas bien comprendre quand on lui parle : « Les gens parlent trop vite ».

Pour les intermédiaires, la tâche sera plus ardue. Il faut maîtriser les formules de politesse au téléphone, apprendre le conditionnel, travailler l’écriture, prononcer les in, en et on, savoir comment se procurer un médicament à la pharmacie, écrire une lettre à l’école ou aider les enfants à faire leurs devoirs. Oscar, lui, aimerait être plus à l’aise dans les relations de travail. Peut-être espère-t-il devenir délégué syndical ?

Les TCA au Delta Montréal
Le français à la carte au travail

Depuis le 27 octobre, les travailleuses et travailleurs immigrants de l’hôtel Delta Montréal ont accès à des cours de français pendant les heures de travail.

Selon une entente conclue avec la direction de l’hôtel et le Fonds national de formation de la main-d’oeuvre, le ministère des Relations avec les citoyens et de l’Immigration (MRCI) donne des cours de langue française à deux groupes de vingt personnes, pour une période de cent heures réparties sur treize semaines. Les deux groupes sont très majoritairement composés de femmes originaires d’Amérique latine et d’Europe de l’Est.

Pour Luc Desnoyers, directeur québécois des TCA et instigateur du projet, apprendre le français permet de s’intégrer plus rapidement à la vie québécoise. « Et quand on peut le faire au travail, ça va encore mieux parce que ça facilite en même temps la conciliation travail-famille. »