De Beyrouth à Hochelaga-Maisonneuve

Photo de Odette Saroufim

Odette Saroufim

De 1975 à 1990, le Liban a connu de profonds bouleversements; le pays a été en proie à une guerre civile. C’est dans ce contexte que les parents de Odette Saroufim décident de venir s’établir à Montréal, d’une part pour fuir la guerre, et d’autre part pour offrir à leurs deux filles une vie meilleure. Le Québec et le Liban étant liés par la francophonie, notre province leur apparaît alors comme une terre d’accueil idéale.

Odette est adolescente lorsqu’elle débarque à Montréal en 1991 et que ses parents, tous deux comptables agrées, s’installent dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. Souhaitant s’intégrer le plus rapidement possible, ils choisissent ce quartier où la présence d’immigrants de même origine qu’eux est plutôt rare. Au fait, ils sont à peu près les seuls Libanais du quartier.

La démarche d’intégration n’est pas facile pour les parents qui sont confrontés à la pénible expérience de la reconnaissance de leurs diplômes. Madame Saroufim a plus de chance que son mari; elle est embauchée par une banque tandis que monsieur doit se résoudre d’accepter un emploi de chauffeur de taxi.

Pour Odette, inscrite comme étudiante à l’École secondaire Eulalie-Durocher, les études se passent bien. Elle est cependant confrontée pour la première fois de sa vie à la manifestation de remarques à connotation raciste. Comme elle le dit, « c’était surtout de l’ignorance ; personne ne savait où se trouvait le Liban, on pensait même que les Libanais se déplaçaient à dos de chameau ».

Aujourd’hui, titulaire d’un diplôme universitaire en enseignement du français, Odette travaille chez Gaz Métro depuis 5 ans, où elle exerce la fonction de commis dans le service du marketing tout en complétant le soir sa maîtrise en traduction. Faut dire que Odette parle couramment quatre langues : le français, l’anglais, l’espagnol et l’arabe.

La piqûre syndicale
Membre de la section locale 463 du Syndicat des employées et employés professionnels-les et de bureau (SEPB), qui représente quelque 500 membres, Odette est une militante que l’on retrouve au comité de la santé et de la sécurité du travail ainsi qu’au comité des jeunes de son syndicat. De plus, elle se prépare à suivre une formation pour devenir déléguée sociale.
Odette avoue qu’elle ne connaissait rien du syndicalisme avant de travailler chez Gaz Métro. « Après voir passé cinq années à travailler dans un milieu syndiqué, de souligner Odette, on se rend compte que les bonnes conditions de travail dont on bénéficie aujourd’hui sont en grande partie obtenues par l’action syndicale. » Elle cite notamment la semaine de 4 jours.

Quand on demande à Odette ce qui l’a amenée à s’impliquer avec autant d’ardeur, elle répond : « C’est un collègue de travail qui m’a sensibilisée. J’ai d’abord été frappée par l’ouverture d’esprit des collègues syndiqués. En m’impliquant, j’ai découvert que l’on peut agir sur notre vie au travail. Pour moi, c’est cela faire la différence. C’est aussi un merveilleux moyen de se réaliser, j’ai grandi en tant que personne. Je me sens utile; je comprends les besoins de mon milieu de travail. M’impliquer a donné une nouvelle dimension à mon travail. Je sens que je fais partie d’un mouvement de solidarité et d’entraide dans la vie de travail. »

Au cours de notre entrevue, Odette fait le parallèle entre la coopération internationale, domaine qui la passionne, et le syndicalisme dont elle a maintenant la piqûre. Pour elle, les deux domaines ont comme valeurs fondamentales l’entraide, la coopération et la solidarité.

Odette est l’exemple de cette jeunesse immigrante que l’on souhaite voir militer avec nous : de la compétence, de l’intelligence et la volonté d’améliorer le sort des travailleurs et des travailleuses.