Officier ou dirigeant syndical?

Le regretté Gérard Dagenais, dans son Dictionnaire des difficultés de la langue française au Canada, indique qu’il ne faut pas dire les officiers, mais bien le bureau ou les dirigeants du syndicat.

Officier se dit dans le vocabulaire juridique d’un titulaire d’une charge dans l’administration d’un État, ou encore dans le langage militaire. C’est un anglicisme lorsque officier désigne quiconque remplit une fonction d’autorité dans n’importe quel organisme civil : administrateurs et directeurs d’entreprises, membres d’associations élus pour en diriger l’activité. On retient cependant que ce terme peut également être accepté pour désigner des titulaires d’un certain grade dans des associations honorifiques (Officier de la Légion d’honneur).

JARGON SYNDICAL

Les premières associations syndicales, sociétés de bienveillance et de secours mutuel, guildes et corporations de métiers, étaient associées à des sociétés secrètes dont elles copiaient souvent les rites et le vocabulaire. Les membres étaient « initiés » durant un cérémonial qu’officiait un dirigeant, un peu comme un prêtre officie un service religieux.

Les Chevaliers de Saint-Crépin et les Chevaliers du travail, au XIXe siècle, n’en sont que les manifestations les plus connues. La franc-maçonnerie semble avoir inspiré nombre de désignations toujours utilisées de nos jours. Pensons aux maîtres de chapelle chez les typographes, aux représentants de la Grande Loge chez les machinistes, aux sentinelles de faction qui s’assurent, lors d’une assemblée, que chacun est bien membre de la Fraternité… ou encore, lorsque les nouveaux dirigeants doivent, après leur élection, prêter le serment d’office!

Anglicismes que tout cela? Fort probablement, mais avec des racines qui en expliquent l’utilisation dans notre histoire syndicale.

Le Monde ouvrier, numéro 47, mars-avril 2002