TÉMOIGNAGE - Antonio Aguirre

Photo: Serge Jongué

Antonio Aguirre est arrivé du Mexique en 1975. Depuis 1977, il travaille à l’Université de Montréal. Actif au syndicat depuis plusieurs années, il est aujourd’hui coordonnateur des griefs à la section locale 1244 du Syndicat canadien de la fonction publique.

La plus grande université francophone en Amérique du Nord sera-t-elle encore digne de ce nom dans quelques années? Je me pose sérieusement la question lorsque je constate que l’université se bilinguise de plus en plus. Seulement en 2002, il y a eu 19 affichages de postes qui contenaient des exigences d’anglais. Environ la moitié d’entre eux étaient des postes existants auxquels on ajoutait cette exigence.

L’université prétend qu’elle n’a pas le choix, qu’elle doit s’ouvrir au monde, mondialisation oblige, si elle veut demeurer une grande université. Alors, il y a de plus en plus d’étudiants étrangers qui ne parlent pas français. Il y a aussi des professeurs qui ne donnent leurs cours qu’en anglais. En bout de ligne, ce sont nos membres qui écopent parce qu’ils ne peuvent plus avoir accès à certains postes. Lorsque cette exigence est ajoutée à un poste existant ou qu’elle est incluse dans la définition des tâches d’un nouveau poste, il n’y a aucune rémunération additionnelle.

Nous déposons des griefs à chaque fois, mais nous arrivons rarement à convaincre l’employeur de retirer l’exigence. Nous n’avons pas encore décidé si nous allions porter ces griefs à l’arbitrage. Il y a une contradiction dans les politiques de l’université. En même temps que pleuvent ces exigences de connaissance de l’anglais, l’université créé un Centre du français écrit, prétendument pour aider à l’intégration des étudiants étrangers.

Malgré ces difficultés particulières que nous connaissons à l’université, je trouve que le français a fait des progrès immenses. Dans les premiers emplois que j’ai occupés quand je suis arrivé au Québec, tout se passait en anglais.