TÉMOIGNAGE - Pierre Soucisse

Je ne sens plus l’animosité qu’il y avait avant envers notre langue. C’est un gros acquis. (Photo: Serge Jongué)

Pierre Soucisse est conseiller syndical chez les Teamsters depuis 1979, Il donne du service dans les unités de la section locale 1999 depuis 1986. Dans plusieurs de ses groupes, il y a des concentrations de travailleuses et de travailleurs immigrants : métallurgie, hôtels, granite et fibre optique.

Pour un conseiller syndical, travailler avec un groupe majoritairement composé d’immigrants, ce n’est pas tellement différent. Il s’agit de voir quels sont les intérêts particuliers d’un groupe par rapport à un autre. C’est ce que nous faisons toujours. Par exemple, dans une usine où la main-d’œuvre est composée majoritairement de femmes, les priorités ne seront pas les mêmes que s’il y a une majorité d’hommes.

Pour les différents groupes ethniques, c’est la même chose. Selon sa culture, chaque groupe aura des priorités différentes. Il faut s’ajuster. C’est parfois complexe, surtout à Montréal, quand il y a de très nombreuses ethnies dans un même milieu de travail. Alors, il y a plusieurs priorités différentes à gérer.

Je trouve que généralement on travaille plus en français aujourd’hui qu’il y a 25 ans. Il y a eu beaucoup de progrès. Entre autres dans lesusines dont les propriétaires sont étrangers. Ils arrivent ici, se renseignent sur nos lois, et ils trouvent normal de les respecter. Comme ils le feraient s’ils s’installaient en Allemagne ou ailleurs.

Ce qui a surtout changé, ce sont les mentalités. Je pense à une travailleuse péruvienne qui était fière de nous dire que son français s’améliorait. Dans le fond, elle nous disait qu’elle comprenait l’importance de parler français au travail et dans la vie. Je ne sens plus l’animosité qu’il y avait avant envers notre langue. C’est un gros acquis.

Mais en même temps, il faut être prudent. On ne peut lâcher les guides et penser que ça va aller tout seul. Les guides, il faut les tenir serrées. Il y a 25 ans, il fallait aussi fouetter, mais ce n’est pas la réalité d’aujourd’hui.